Coulisses des Éditions Alire - Mauvais genres

Voici une nouvelle occasion d'en savoir plus sur le métier d'éditeur au sein de cette rubrique métiers du livre ! J'ai eu l'occasion à de nombreuses reprises de travailler avec les Editions Alire, maison d'édition québécoise fondée par des passionnés de littératures de l'imaginaire et de littérature policière. Alire, c'est aujourd'hui une équipe fort sympathique dont les jeunes recrues prennent progressivement la relève. Philippe Turgeon, adjoint à l'édition et à la production, et Gabriel Sauvé, adjoint à la direction commerciale, ont gentiment répondu à toutes mes questions ! #Curieuse #TropCurieuse #LesCoulisses

Editions Alire - Interview

Comment sont nées les Éditions Alire ?

Philippe Turgeon : C’était bien longtemps avant mon arrivée ! Nous sommes en 1996 et Louise Alain et Jean Pettigrew viennent de quitter les éditons Québec/Amérique la tête pleine de projets. Après six longs mois de tracasseries administratives, ils fondaient enfin, avec Lorraine Bourassa, leur propre maison d’édition. La mission : « développer, publier et publiciser les genres littéraires écrits par les auteurs francophones du Québec et du Canada. » Plusieurs gens du milieu m’ont confié qu’à l’époque, bien qu’enthousiastes, ils ne croyaient pas beaucoup en la viabilité d’une telle idée au Québec, et tous aujourd’hui avouent s’être trompés. 

Dès la parution des premiers titres à l’automne de cette même année et le printemps suivant – on pense à Blunt, de Jean-Jacques Pelletier, mais aussi à la série Tyranaël d’Élisabeth Vonarburg et aux romans d’Esther Rochon et Joël Champetier –, les sceptiques ont été confondus ! Oui, il est possible dans un petit espace littéraire comme le Québec, de publier de la littérature de genre et, surtout, d’en vivre. C’est d’ailleurs à peine un an plus tard que par hasard, alors que j’étais toujours étudiant, je suis tombé sur Les Rêves de la mer, premier tome de la pentalogie de Vonarburg, à la bibliothèque de mon CÉGEP. Moi qui n’avais pratiquement jamais lu de science-fiction, j’ai dévoré la série en quelques semaines et à partir de ce jour les livres des Éditions Alire, avec leurs couvertures et leur facture originale, sont devenus pour moi des incontournables. J’avais l’impression de ne courir aucun risque de déception en en ouvrant un. Comme s’ils étaient frappés d’un sceau de qualité contrôlée ! Je ne me doutais pas toutefois que je me joindrais un jour à l’aventure.

Les Éditions Alire sont spécialisées dans des genres particuliers : quels sont-ils ?

Philippe Turgeon : J’aime bien dire que nous nous intéressons à tout ce qui n’est pas de la littérature traditionnelle, de la littérature blanche (je déteste ce terme presque autant que paralittérature, qui me révulse !). Ce n’est toutefois pas totalement exact. Les genres qui nous intéressent peuvent être divisés en deux catégories : les genres dits « de l’imaginaire » et ceux tenant plus du réalisme. Dans la première catégorie, on retrouve bien sûr la science-fiction, mais aussi le fantastique et la fantasy (deux genres qu’il ne faut pas confondre). Le directeur éditorial a également créé un nouveau genre pour les romans d’Esther Rochon, inclassables : la zen-fiction. Évidemment, tous ces genres se déclinent en quantité de sous-genres et d’hybridation de genres. 

En fait, c’est comme la musique : oui, il y a le rock, le jazz et le blues, mais il y a aussi le blues-rock ou le jazz fusion. Dans les genres réalistes, nous publions du polar (terme que je préfère à roman policier, parce que plus précis, l’investigation n’étant pas toujours menée par un policier) et du roman d’espionnage. Encore ici, il y a des sous-genres et des possibilités d’hybridation, parfois même avec des genres de l’imaginaire. Je pense entre autres à La Taupe et le Dragon, de Champetier, qui, même s’il est avant tout un roman de SF, est aussi une excellente histoire d’espionnage. Finalement, je crois qu’il est important de mentionner que nous ne publions pas que de la fiction, mais aussi des essais et ouvrages de référence s’intéressant à nos genres de prédilection. Je travaille justement sur un ouvrage de Norbert Spehner, Le Détectionnaire, qui paraîtra à l’automne et qui répertorie l’ensemble des personnages récurrents dans la littérature policière mondiale.

Gabriel Sauvé : Comme le souligne Philippe, les genres et sous-genres littéraires se déclinent et s’hybrident en une infinité de configurations possibles, et c’est bien là toute la richesse de la chose. Trop souvent, ce qui est offert aux lecteurs peine à sortir des clichés. Vous avez sûrement lu vous aussi ce polar où un flic à l’hygiène de vie douteuse et désespérément en fin de carrière doit déjouer un complot (politico-religieux) qui menace le monde (mais surtout les États-Unis d’Amérique) tout en luttant contre sa consommation de cocaïne (ou son problème d’alcool, voire les deux, tiens) et les remontrances de son ex-femme en devenir. Tout comme vous avez assurément lu cette série un brin manichéenne de fantasy, publiée en 20 tomes, où un groupe de héros originaux (du moment que ce sont tous de jeunes hommes au cœur pur qui ignorent tout des noirs secrets de leur arbre généalogique) doit prévenir le retour du Mal (absolu, c’est exigé) en luttant contre des hordes d’elfes des cavernes ou d’orcs des forêts, c’est selon.



Au contraire, Alire faire vivre autrement la littérature québécoise de genre. Ça signifie offrir une tribune à des créateurs qui maîtrisent certes les codes des genres, mais qui n’hésitent pas pour autant à sortir des sentiers déjà mille fois empruntés. La richesse des voix différentes qui peuplent la maison explique son succès auprès de ses lecteurs. Nombre d’entre eux arrivent chez nous en ne lisant qu’un genre bien précis et finissent par se laisser tenter par « l’autre côté du miroir », que ce soit l’imaginaire ou le réalisme. Philippe évoquait à la blague un « sceau de qualité contrôlée », mais pour l’avoir observé à maintes reprises dans les salons et les foires du livre, je confirme l’existence d'un « effet Alire ». Beaucoup de nos lecteurs ne lisent pas du polar, du fantastique ou de la science-fiction, ils lisent du Alire, point. 

L’autre point important, c’est le regard québécois que la maison pose sur les genres. C’est ce qui m’a attiré comme lecteur et qui m’a au moins en partie convaincu de me joindre à l’aventure en cours de route. C’est peut-être plus spontanément visible du côté des polars qui se déroulent à travers le Québec, qu’ils soient historiques ou contemporains, où le lecteur retrouve des lieux connus et des organisations calquées sur les nôtres. Je dis toujours à la blague que nous avons même un roman de science-fiction dont l’action se déroule à St-Tite, une petite ville de région surtout connue pour son Festival Western annuel. Bref, la réalité québécoise, ses thèmes, ses questionnements identitaires, sa langue, son unicité, sont visibles à travers une grande partie du catalogue.

Si vous deviez présenter la SFFQ à un novice en quelques phrases que diriez-vous ?

Philippe Turgeon : Contrairement à la croyance populaire, la science-fiction et le fantastique québécois ne sont pas nés avec la Révolution tranquille et les années 60. Leur origine remonte presque aux origines de la littérature québécoise, que l’on nommait alors littérature canadienne-française. En effet, n’en déplaise aux puristes, L’Influence d’un livre, de Philippe Aubert de Gaspé, n’est rien de moins qu’un roman fantastique et il fut publié en 1837, ce qui en fait le premier roman de notre littérature nationale. Dans son ouvrage Le XIXe siècle fantastique en Amérique française, Claude Janelle recense un surprenant total de 140 contes, légendes, nouvelles et romans du genre, et c’est sans compter sur la production de la première moitié du XXe siècle, parmi laquelle il faut souligner La Fin de la terre, d’Emmanuel Desrosiers, qui bien que de qualité discutable, n’en était pas moins en 1931 des plus avant-gardiste. La production a évidemment beaucoup augmenté en quantité et en qualité depuis, mais à un rythme relativement lent jusqu’aux années 1980. Pour la décade des années 60, par exemple, on recense 160 fictions, comprenant une vingtaine de romans, alors que pour la seule année 2000, on compte 52 romans et 74 nouvelles. La quantité ne cesse d’augmenter depuis. Parmi les joueurs majeurs de la SFFQ d’aujourd’hui, outre les Éditions Alire, il faut mentionner les revues Solaris et Brins d’éternité, ainsi que de plus petits éditeurs comme Les Six Brumes qui, par leur dynamisme, favorisent l’émergence de nouveaux talents.

Quel(s) auteur(s) nous conseilleriez-vous de lire pour découvrir le roman policier québécois ?

Philippe Turgeon : Depuis une quinzaine d’années, il y a eu explosion du nombre d’auteurs et de titres dans le milieu du polar québécois. Puisque popularité n’est pas nécessairement gage de qualité, je vais vous parler de mes coups de cœur plutôt que des gros vendeurs (bien que l’un n’empêche pas l’autre). Dans le polar d’espionnage, Jean-Jacques Pelletier est un incontournable. Il réussit le tour de force de nous présenter des intrigues crédibles et complexes dans de longs romans qui, de par leur structure, sont accessibles à tout lecteur intéressé par la politique et les grands enjeux internationaux. Je suggère Blunt ou La Chair Disparue aux néophytes. 

Côté polar plus traditionnel, Richard Ste-Marie a la particularité mettre en scène un policier humaniste, heureux en mariage et philosophe, loin de ces enquêteurs clichés qui sont tous veufs ou alcooliques. J’ai particulièrement aimé son plus récent roman, Le Blues des sacrifiés, qui en plus de fournir une intrigue intelligente, vous tirera certainement quelques larmes. Benoît Bouthillette se démarque par sa plume, plus poétique que celle de la majorité de ses confrères. Si La Trace de l’escargot avait séduit à sa sortie en 2005, il nous aura fallu attendre une dizaine d’années avant qu’il ne récidive avec L’Heure sans ombre, mais l’attente en valait le coup. Les puristes du genre hésitent à classer ce roman dans les polars, mais je n’en suis pas. Le voyage à Cuba que Bouthillette nous propose est fascinant, et l’île de Castro y est dépeinte avec réalisme, sans tomber dans le manichéisme. Si tout n’est pas rose au pays de Fidel, tout n’y est pas noir non plus, et la modernité y est bien installée, pour le meilleur ou pour le pire ! Pour ceux qui préfèrent le polar historique, la plus belle réussite québécoise dans le genre est à mon avis la série Les Cahiers noirs de l’aliéniste, de Jacques Côté, dans laquelle il nous présente une version romancée de la vie de Georges Villeneuve, médecin pionnier des sciences judiciaires en Amérique du Nord. 



Un Français d’origine habitant au Québec depuis une quarantaine d’années tire aussi son épingle du jeu avec du polar que l’on pourrait qualifier de… littéraire : il s’agit de Jean Louis Fleury, dont l’enquêtrice Aglaé Boisjoli, docteure en psychologie, se démarque par son intelligence et sa vivacité d’esprit. Dans le plus récent roman de Fleury, L’Affaire Céline, elle est sur les traces du tueur d’un professeur de la Sorbonne assassiné alors qu’il enquêtait sur les relations de Céline avec l’extrême droite québécoise entre les deux grandes guerres. Nous venons tout juste d’apprendre avec fierté que ce roman a été sélectionné parmi les cinq finalistes au prestigieux prix Arthur-Ellis. Plusieurs autres auteurs auraient pu être cités et je réalise en me relisant que je n’ai pas mentionné de femme… honte à moi ! Elles sont pourtant plusieurs à écrire du polar : Chrystine Brouillet, Maureen Martineau ou Catherine Sylvestre, par exemple. Je m’en voudrais de ne pas conclure en parlant de la revue Alibis, une publication trimestrielle dont chaque numéro comporte entre 4 et 6 nouvelles policières, des entrevues ou articles de fond et des recensions critiques. Voilà une autre belle façon de découvrir la littérature policière québécoise.

Quel est votre rôle à chacun au sein des Éditions Alire ?

Philippe Turgeon : Le nom officiel de mon poste est « Adjoint à la production et à l’édition », mais mes tâches sont beaucoup plus variées. En plus de la direction littéraire sur certains romans, que je fais en collaboration avec Jean Pettigrew, le directeur éditorial, je m’assure de la révision de traduction pour les romans canadiens-anglais que nous publions. Il m’arrive aussi d’avoir à faire des révisions finales sur épreuves, juste avant que nos livres entrent à l’imprimerie. Parmi les proverbiales « tâches connexes », je gère les métadonnées auprès des sites de référencement et les librairies, je revois les communiqués de presse de mes collègues du marketing, je produis les argumentaires pour nos distributeurs au Québec et en Europe, je m’occupe de la page Facebook de la maison et, plus rarement, assiste notre première lectrice dans la lecture de manuscrits, souvent quand elle a besoin d’un second avis. Finalement, je suis présent aux deux plus grands salons du livre de l’année, ceux de Québec et Montréal, et il m’arrive d’avoir la chance de participer à des festivals littéraires en Europe, comme l’automne dernier aux Utopiales à Nantes ou ce printemps aux Imaginales à Épinal.

Gabriel Sauvé : Comme adjoint à la direction commerciale, je porte à la fois les chapeaux de relationniste de presse et de représentant lors des foires du livre. Je gère les campagnes de presse : je rédige les communiqués, je m’assure du suivi auprès des médias, et je m’occupe de l’agenda de certains de nos auteurs. Ce travail prend tout son sens lors des salons du livre en sol québécois : quatre à l’automne, cinq au printemps. À la différence de certaines foires européennes, les événements au Québec sont exclusivement des moments de rencontre entre les auteurs et leurs lecteurs, via les kiosques que tiennent les éditeurs présents. C’est l’occasion pour nos auteurs d’échanger avec leurs lecteurs et pour nous, de prendre le pouls de notre public et de lui présenter les titres de la maison et de le conseiller dans ses prochains choix de lecture. C’est vraiment un honneur pour moi d’être le visage de la maison, d’être témoin de tout l’amour que nous portent nos lecteurs.

Quel parcours vous a amené à travailler dans l’édition ?

Philippe Turgeon : Depuis aussi longtemps que je me rappelle, j’ai toujours aimé la lecture et les livres. Toutefois, je n’aurais jamais imaginé faire carrière dans ce domaine, et je dois remercier les hasards de la vie qui m’ont fait rencontrer les bonnes personnes (et les bons livres !) au bon moment. Je vous racontais plus tôt que j’avais découvert les Éditions Alire au détour d’un rayon de bibliothèque, un jour où je ne savais plus quoi lire, eh bien je ne me doutais pas que cette rencontre littéraire fortuite changerait ma vie ! En effet, de cette journée de 1998 à la fin de l’année 2008, je n’étais qu’un lecteur assidu des romans des Éditions Alire. J’avais lu environ 75 % du catalogue quand une petite annonce sur le site Internet de la maison a attiré mon attention. On y disait chercher des lecteurs connaissant bien la collection pour assister l’équipe de vente lors du Salon du livre de Québec prévu pour avril 2009. Ayant travaillé toute ma vie avec le public en restauration et en hôtellerie, l’aspect « vente » ne me gênait pas du tout et ma collaboration fut un succès, que l’on répéta pour le salon de Montréal la même année. 



C’est à cette époque que l’idée de faire carrière dans le monde du livre germa dans mon esprit. Même si je savais les ouvertures assez rares dans l’édition, je me suis inscrit à l’Université Laval en Études littéraires, avec spécialisation en Littérature moderne (française et québécoise), autant pour le plaisir d’explorer un domaine qui me passionnait que pour peut-être un jour y travailler. La surprise est venue en novembre 2011, quand Jean Pettigrew m’a offert de travailler à ses côtés. J’ai évidemment aussitôt accepté, même si je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre… je n’avais jamais, outre les salons du livre, travaillé dans le monde de l’édition, n’avais bien entendu jamais fait de direction littéraire, mais Jean semblait confiant et nous avons tout de suite établi une relation de travail intéressante. Je le considère plus comme un mentor qu’un patron et j’ai l’impression de développer mes talents et aptitudes un peu plus chaque mois, voire chaque semaine grâce à ses conseils.

Gabriel Sauvé : C’est comme commis à la pige que je suis entré chez Alire il y a huit ans. J’avais déjà lu plusieurs titres de la maison et c’est en répondant à une petite annonce sur le site Web d’Alire que j’ai intégré l’équipe de conseillers lors du Salon du livre de Montréal en 2008 En cours de route, à travers mes études collégiales puis universitaires en Journalisme, le petit boulot qui revenait chaque automne (une semaine intense à présenter des livres que j’aimais déjà d’amour) s’est transformé en vrai emploi. Aujourd’hui, je gère les campagnes de presse et le stand de la maison, présente dans les neuf salons du livre à travers le Québec.

Quelles sont selon vous les qualités nécessaires pour travailler avec des livres ?

Philippe Turgeon : La passion, évidemment, mais aussi la patience, la minutie et le souci du travail bien fait. Avec l’offre grandissante favorisée par l’auto-édition et la prolifération des maisons professionnelles, presque n’importe qui, de nos jours, peut publier un livre. Comment alors se distinguer de la masse ? La réponse est simple : en offrant une œuvre supérieure. Voilà pourquoi le souci du détail, autant dans l’histoire que l’on raconte que dans sa présentation (couverture, qualité de la langue, etc.) est primordiale. Jean Pettigrew m’a dit un jour que le premier critère pour décider si l’on va ou non publier un livre est de savoir si l’on est prêt à le relire une dizaine de fois. Parce que c’est exactement ce qui arrive une fois l’œuvre acceptée pour publication !

Gabriel Sauvé : Il faut croire à ce que l’on fait, je pense que c’est un idéal à atteindre dans tout emploi, mais c’est essentiel en édition. Il n’aura jamais été aussi facile de diffuser un texte. C’est donc dire que si l’on souhaite se démarquer et s’assurer d’être entendu dans la masse, il faut être prêt à y mettre les efforts et la qualité.

Les Éditions Alire participent à de nombreux événements en France : où pouvons-nous vous rencontrer ?

Philippe Turgeon : Soyons honnêtes, il est assez difficile pour les éditeurs québécois d’être efficacement distribués en France et ailleurs en Europe. Pourtant, nous savons que les lecteurs français amateurs de littérature de genre veulent nous lire : les nombreux courriels que nous recevons et les discussions que nous avons avec eux le prouvent. Il est donc important pour nous, puisque les livres ont parfois de la difficulté à se rendre chez leurs libraires, d’aller au-devant d’eux. Nous profitons des différentes foires et festivals littéraires pour aller parler de nos livres aux lecteurs et acteurs du monde du livre directement sur le terrain. Par exemple, cette année, nous avons été à la Foire du livre de Bruxelles et aux Quais du polar de Lyon, et serons prochainement au Salon du livre et de la presse de Genève et aux Imaginales, à Épinal. Finalement, nous espérons retourner en octobre à Nantes pour les Utopiales.

Vous avez récemment lancé le Prix Joël-Champetier : pouvez-vous nous en dire davantage ?

Philippe Turgeon : Plus que simplement un auteur publié chez Alire et le directeur littéraire de la revue Solaris, Joël Champetier était un ami de nous tous. Après sa mort en mai 2015, Jean Pettigrew cherchait un moyen d’honorer sa mémoire. Or, les grandes qualités de Joël – tous ceux qui l’ont connu vous le diront – comprenaient sa grande ouverture d’esprit, sa diplomatie et son sens fin de la pédagogie. À titre d’exemple, j’ai entendu avant et après son décès des dizaines d’anecdotes d’auteurs jeunes ou vieux avec qui Joël avait eu à travailler ou qui lui avait soumis des textes. Même ceux qui racontaient avoir vu leur texte refusé semblaient avoir vécu une expérience enrichissante au contact de Joël. De par son travail pour Solaris, Joël en venait à côtoyer littérairement nombre d’auteurs européens, et il trouvait toujours dans la revue quelques pages à leur accorder, de façon à ce que Solaris ne soit pas seulement une revue québécoise, mais bien une revue francophone. Puisque le prix Solaris est réservé aux auteurs québécois et canadiens, il nous a semblé approprié qu’un nouveau prix littéraire réservé aux auteurs de nouvelles non-canadiens de la francophonie porte le nom de ce grand homme. J’invite les auteurs intéressés à visiter le site Internet de Solaris afin de prendre connaissance des détails du concours et de la procédure de soumission de textes.



  

Pour terminer, pouvez-vous nous raconter une anecdote amusante sur votre quotidien d’éditeurs ?

Philippe Turgeon : Il y a bien sûr toutes ces perles, ces erreurs si grossières qui font la joie des premiers lecteurs, mais j’éviterai de donner des exemples ici de peur qu’un aspirant auteur ne se reconnaisse. Mais il y a aussi les nôtres, qui ne sont pas plus pardonnables. Je pense ici à un roman de Guy Gavriel Kay dans lequel le mot « conte » avait été orthographié « compte ». Ni la traductrice, ni moi, ni l’éditeur, ni la réviseure professionnelle, ni la lectrice sur épreuve n’avions noté la coquille. Faut dire que le mot se trouvait dans un passage fascinant de l’intrigue. Le plaisir de lire une bonne histoire avait donc pour chacun de nous, l’espace d’un fugace instant, pris le dessus sur notre professionnalisme.

Lucie Laval dans Métiers du livre.
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