Des nouvelles de l'Ecole de l'Absolu

Il y'a quelques temps déjà j'avais organisé un échange sur Librosophia avec l'Ecole de l'Absolu, un collectif de jeunes auteurs passionnés dont le Manifeste avait attiré mon attention. Depuis, l'Ecole de l'Absolu a fait du chemin ! Ils ont mis en ligne plusieurs ouvrages de leur cru sur leur site et ont lancé une revue numérique, Le Chardon. C'est pour en savoir plus sur tous ces nouveaux projets que je suis allée de nouveau à leur rencontre pour les interviewer.

Ecole de l'Absolu : Interview

Nous avons découvert la dernière fois l'école de l'absolu et son Manifeste ; mais vous êtes également un collectif d'auteurs. Avez-vous tous la passion d'écrire ?

Ganimula : Oui, l’École de l'Absolu est un groupe composé de plusieurs auteurs. Nous avons tous la passion d'écrire. Pour ma part, je ne me souviens plus depuis quand j'ai commencé. Je crois que cela m'est venu dans l'enfance. Je sais qu'Aly partage également cette passion. Nous publions chacun un texte chaque année, c'est dire si nous avons le goût du livre !

Quelle est votre vision de ce que doit être une œuvre littéraire ?

Aly : Avant tout, une œuvre littéraire doit comporter des enjeux. En effet, trop nombreux sont les livres qui se contentent de raconter des histoires. Dans le Manifeste, paru en octobre 2014, j'oppose le raconter et le dire. Raconter, c'est pour moi tomber dans la facilité, dans le simple récit. Dire, au contraire, c'est tenter de penser le monde, de le retranscrire, et surtout de réfléchir sur notre société. En effet, une œuvre littéraire émeut toujours son lecteur, elle le questionne, et ne le laisse pas
indifférent. Une simple histoire est divertissante, mais souvent elle ne remue pas les tripes.

Pouvez-vous nous présenter vos ouvrages déjà parus ?

Aly : Il y en a plusieurs. Tout d'abord, Intimoratus se présente comme la quête d'identité dans un monde dévasté. Ego interroge le rapport entre les classes sociales et leurs signes, notamment les couleurs des vêtements.

Ganimula : Vyata propose la vision d'un groupe réduit à l'angoisse. Promiscuité interroge la trahison des serments. Hotep montre des enfants qui s'amusent, mais pas seulement.

Ont-ils des points communs ou sont-ils très différents les uns des autres ?

Ganimula : Chaque texte est pensé séparément, même si ce sont tous des dénoncés. Ainsi, chacun comporte sa propre esthétique, ses propres réflexions. Cependant, nous avons eu plusieurs fois des remarques sur les échos que l'on peut trouver entre nos univers, notamment sur Wattpad. La remarque nous a beaucoup intriguée ! Mais peut-être n'avons-nous pas assez de recul pour en juger.

Que cherchez-vous à exprimer à travers ces écrits ?

Ganimula : Cela dépend des textes ! En effet, chacun est pensé séparément. Mais nous nous inspirons toujours de la réalité sociale, de ce qui nous entoure, de ce que nous pouvons observer, questionner. C'est le but de chacun des textes que de poser des questions, sur les différents thèmes abordés (je renvoie à la question 3 pour le détail.)

Pourquoi avoir choisi le format numérique ?

Aly : Nous avons choisi le format numérique pour la liberté qu'il proposait. En effet, le genre que nous mettons en place brouille les points de repère traditionnels de l'édition : limites fixes entre roman, théâtre et poésie. Le format numérique permet de choisir notre propre moyen d'expression, sans subir un regard préalable à l'édition. Ainsi, nous assumons toutes les réflexions et toutes les références.

Vous avez également lancé en février une revue numérique, Le Chardon : dans quel but ?

Aly : Cela faisait longtemps que je songeais à mettre en place une revue numérique. Nous avions essayé plusieurs versions, mais aucune ne nous satisfaisait. Cependant, depuis quelques mois, il nous semblait que l'atmosphère générale était propice à créer une revue. Nous avons reçu quelques collaborations, qui se sont assez vite enchaînées. Ganimula était emballé par l'idée. Le but principal est en effet de laisser la parole à ceux qui n'ont pas pu l'obtenir. Nous allons par exemple, dans le
numéro du mois de Mars, donner la parole à Liza Monet, qui nous fait part des difficultés causées par le puritanisme ambiant dans le monde du rap. Étant nous-mêmes hors des circuits traditionnels de la prise de parole (journaux, maisons d'édition), nous avons pensé qu'il était nécessaire de créer un lieu de rencontre pour tous ceux qui auraient des choses à dire. Nous essayons de leur offrir un support, et espérons que celui-ci soit à la hauteur des artistes qui l'utilisent.

Quelle est la ligne éditoriale du Chardon ?

Aly : Il n'y a pas de ligne éditoriale. Chacun est libre de dire ce qu'il pense, et tous peuvent participer. Ceci est en droite ligne de la pensée générale de l’École, dont le slogan est « Osons la création. » En effet, nous avons eu affaire à plusieurs reprises à des revues et magasines qui avaient des lignes éditoriales très strictes : taille générale de l'article, nombre de références externes, sujets plus ou moins conseillés. Nous pensons que toutes ces catégorisations, ces règles, entravent la liberté d'opinion plus qu'elles ne la portent. Nous nous sentons nous-mêmes plus libres quand la liberté nous est offerte de nous exprimer. Nous pensons que d'autres pourraient se reconnaître dans cet espace de liberté.

Pourquoi avoir choisi ce nom du "Chardon" ?

Aly : Le chardon est un symbole qui m'est cher. En effet, cette fleur offre une image assez particulière : si elle paraît laide au premier abord, elle est en vérité très belle, puisqu'elle pousse là où d'autres plantes ne pourraient pas survivre. Le chardon offre donc l'image de l’adaptation à tous les environnements. De plus, le chardon, s'il présente des épines, nourrit le chardonneret (l'oiseau) : c'est une plante toute en paradoxes. Elle paraît dangereuse, mais est en vérité réceptacle à la vie ! En dernier lieu, le chardon représente le chemin difficile qui mène à la connaissance. Il faut souffrir pour parvenir au savoir.

Quels sont vos projets pour la suite des événements ? 

Ganimula : Nous sommes actuellement en train de créer un habitacle harmonieux pour le Chardon. Celui-ci regroupe les numéros, ainsi que des billets plus courts et quotidiens. L'un était le support de l'autre. De plus, j'ai moi-même commencé à écrire mon prochain dénoncé. Je sais qu'Aly projette un livre théorique, en plus de son prochain écrit littéraire.

Lucie Laval dans Métiers du livre.
- 1722 lectures - mention j'aime

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.