En attendant Bojangles - Interview

Ce texte est une réponse à Editions Finitude - Interview de Lucie Laval.

En Attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut

Ma curiosité a été singulièrement piquée lorsque les Editions Finitude m’ont contactée il y a quelques mois de cela pour me parler d’une de leurs nouveautés de janvier : En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut. Connaissant peu l’œuvre de Nina Simone (Mr. Bojangles est une chanson de Jerry Jeff Walker reprise entre autres par Nina Simone), aucun déclic ne se fit dans ma tête, et c’est donc sans aucun a priori que je commençai la lecture de ce livre.

Ce fut un choc. Un choc littéraire et poétique. J’avais rarement rencontré au sein d’un même roman autant de fantaisie et de tristesse – du moins c’est ainsi que j’ai vécu cette lecture, car d’autres en ont principalement célébré la fantaisie, la « folie douce ». Pour moi, ce roman est intrinsèquement violent, mais attention : une violence poétique, mélancolique, très tendre aussi, comme aime à le préciser l’auteur.









Ce roman rassemble les points de vue d’un petit garçon et de son père sur leur épouse et mère. Cette femme – inoubliable – enchante leur vie de sa perpétuelle fantaisie, de son tempérament fantasque et jubilatoire, de sa folie, douce folie. Mais un jour, la folie prend le pas sur la fantaisie, et tout bascule. Et dans ce dérapage se côtoient une intensité dramatique et un comique d’une finesse impensable. Bien que cela soit un terme très utilisé pour les choses les plus diverses, En attendant Bojangles est une vrai petite pépite, ma pépite du mois de janvier, pour bien commencer l’année. En librairie aujourd’hui même !

Et parce qu’une bonne surprise ne vient jamais seule, voici une interview – exclusive, s’il vous plait – d’Olivier Bourdeaut.

Interview d'Olivier Bourdeaut, auteur

Librosophia : En attendant Bojangles est votre premier roman publié, dans quelles circonstances a-t-il été écrit ? 

Olivier Bourdeaut : A cette période j’étais arrivé à Paris pour trouver un emploi ; c’était l’hiver et j’ai finalement passé trois mois à sortir, dans une atmosphère festive et bohème… Mais ça n’a pas été une période facile pour autant. Puis je suis rentré chez mes parents dans le sud de l’Espagne. Il faisait beau, l’air était doux, ça sentait la fleur d’oranger. J’ai commencé mon roman le lendemain et en huit semaines il était terminé. J’ai vécu cela comme le contrecoup de mon séjour à Paris, le passage de l’ombre à la lumière

Libro : Quelle a été la part de l’autobiographie dans votre roman ?

OB : Aucune. Ou peut-être un grain de folie qui m’appartient et que j’ai transmis à mon récit ; sinon, il n’y a aucune dimension autobiographique dans ce livre.

Libro : Dans ce cas quelles ont été vos sources d’inspiration ?

OB : J’ai plusieurs amies qui adorent danser, et j’ai toujours été épaté par les gens qui dansent (les personnages du père et de sa femme sont de très bons danseurs et dansent sur Mr. Bojangles). J’imagine qu’il faut savoir faire preuve d’un certain abandon. Lorsque j’étais plus jeune, quand nous étions invités à des mariages, mon frère faisait danser toutes les femmes, j’en étais jaloux (rires).  Mais pour ce qui est du personnage du petit garçon, il a été créé de toutes pièces.

Libro : Pourquoi avoir exposé les deux points de vue du petit garçon et de son père ? 

OB : Ce point de vue double, c’était purement de la « fabrication » ; le point de vue de l’enfant pouvait devenir lassant, et je trouvais qu’avec un point de vue double, le récit serait plus abouti. Cela pouvait aussi me permettre de rendre l’ensemble plus poétique, présenter une manière plus élaborée et une autre plus vive. Je n’ai pas exploité le point de vue de la mère, parce que c’est sa façon d’être qui est poétique en soi. Dans le cahier des charges que je m’étais fixé, j’avais précisé que je voulais un récit « tendre, drôle et fantasque » : je crois que cette astuce des deux points de vue m’a permis d’y parvenir.

Libro : A ce propos, que pouvez-vous nous dire de « l’esprit » que vous avez voulu donner à votre livre ? 

OB : J’ai écrit ce livre au fur et à mesure, sans aucune préparation préalable… Je pense que cette atmosphère qui découle du livre provient aussi du décalage que j’expérimentais dans ma propre vie. Je passais d’une période un peu difficile à un moment de calme et de tranquillité chez mes parents, la vie était belle tout à coup ! Il en ressort, comme je l’ai dit, une sorte de conte tendre, drôle et fantasque. Pour moi c’est cela l’esprit du livre.

Libro : A quoi ressemble une journée d’écrivain pour M. Olivier Bourdeaut ? 

OB : Il faut savoir que ma vie en général est un désordre perpétuel, alors que quand je me mets à écrire, j’aime que tout soit en ordre. Le matin j’écris de 5h30 à 9h30/10h, puis j’entame une journée « normale ». Je n’écris qu’en Espagne, pour diverses raisons : les paysages, les gens, l’absence de contraintes matérielles… Dans la matinée je vais au marché avec ma mère, puis je passe en revue la presse sur le bord de mer, et je fais la sieste. Ensuite je retravaille pendant deux heures, principalement de la relecture et de la correction, en début de soirée. J’écris assez peu le soir. Enfin je détermine ce que je ferai le lendemain. Mes périodes d’écriture sont les seuls moments de ma vie où l’ordre règne, et je m’y tiens ! C’est que ça doit me plaire (rires). J’espère pouvoir continuer à travailler de cette façon, et qui sait, peut-être arriver à en vivre.

Libro : Que voudriez-vous que le lecteur retienne de votre livre ?

OB :  J’ai observé que chacun retenait des choses très différentes. J’aime bien que l’on retienne que c’est bien écrit, j’aimerais que cela touche les gens, que l’histoire d’amour soit réussie… C’est tout ce que j’ai voulu y mettre : folie, amour, fantaisie, poésie.

Libro : Une dernière question, si vous deviez faire un autoportrait en quatre mots, quel serait-il ?

OB : Voilà une question bien difficile… Je dirais… (Longues hésitations) : original, optimiste (c’est vraiment un de mes traits de caractère les plus prononcés), tenace… et bien élevé !

Lucie Laval dans Métiers du livre.
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