Les Editions du Chemin de fer

Ce texte est une réponse à Coulisses des Éditions Alire - Mauvais genres de Lucie Laval.
Toujours à la recherche de nouveaux éditeurs dans cette rubrique des Métiers du livre, j'ai découvert récemment les Editions du Chemin de fer ! Un nom qui fait voyager et pour cause : la ligne éditoriale de cette maison d'édition laisse une grande place à l'évasion à travers les illustrations. Je laisse François Grosso, co-fondateur des Editions du Chemin de fer, vous en dire un peu plus sur ce projet éditorial et artistique, puisqu'il a gracieusement accepté de me répondre malgré la maladresse de mes questions. 

Editions du Chemin de fer - Interview

Pourquoi avoir baptisé votre maison les Editions du Chemin de Fer ?

Nous publions des textes de fiction "illustrés" par des artistes contemporains. Le chemin de fer, dans la presse et dans l'édition de livres illustrés est le terme technique pour désigner la mise à plat du livre, en particulier pour vérifier les vis-à-vis texte image. L'alliance du chemin, sinueux, et du fer, solide, nous a paru une belle idée.

Comment est né ce projet éditorial ?

Les éditions du Chemin de fer, ce sont deux personnes, Renaud Buénerd et moi. Au départ, il y avait l'envie de créer quelque chose à deux. Je viens de l'univers littéraire, Renaud de celui des images. Donc des livres de littérature et d'images ! Plus concrètement, le constat était, en 2005, mais ça n'a pas fondamentalement changé, qu'en dehors de la bande dessinée et du livre jeunesse, le livre illustré, contrairement à ce qui était le cas au XIXe siècle, s'est vite cantonné à la bibliophilie et a abandonné la fiction pour la poésie. Nous voulions réinterroger ce que ce pouvait être, illustrer un texte de fiction.

Vous publiez exclusivement des formats courts, sous la forme d'une nouvelle unique : pourquoi ce choix ?

Par goût d'abord. Étudiant, c'est par la lecture des recueils d'Annie Saumont que j'ai découvert ce genre si particulier qu'est la nouvelle. On dit que la nouvelle est mal aimée des lecteurs. C'est beaucoup plus complexe. Proposer des livres d'une seule longue nouvelle était une manière de montrer que chaque nouvelle est un texte à soi seul, qui se suffit à lui-même, quand les contraintes éditoriales, très souvent, contraignent au recueil où on lit les nouvelles comme on lirait un roman : page après page, comme si le recueil était un tout. Or la plupart des auteurs de nouvelle (il y a des exceptions) font un recueil quand ils ont assez de nouvelles pour cela, rien de plus. Nous avions envie de dire : une nouvelle mérite un livre à elle. La nouvelle offrait un autre avantage : c'est un genre qui fait la part belle à l'ellipse, au creux, là où un artiste peut s'immiscer pour interroger l'illustration d'un texte sans que ce soit redondant, sans tuer l'imaginaire du lecteur. Enfin la nouvelle permettait un bon équilibre entre le texte et l'image. Que des qualités.

Quels sont selon vous les atouts de la nouvelle par rapport à des formats plus répandus comme le roman ou l'essai ?

Vous posez la question dans de mauvais termes. La nouvelle n'a pas d'atout par rapport à d'autres genres. Demanderiez-vous à un auteur de romans qu'elle est l'atout du roman par rapport à la nouvelle ? Deux auteurs que nous avons publiés à plusieurs reprises donnent, chacun à leur manière, une même très belle définition de la nouvelle. Annie Saumont : "Dans l'art de la nouvelle le dosage est toujours en faveur de l'absence, comme si, pareil au potier qui fait son vase avec du vide qu'il entoure d'argile, le nouvelliste faisait sa nouvelle avec du non-dit en plaquant quelques mots par-dessus." Et Béatrix Beck : "Michel-Ange disait qu'en enlevant d'un bloc de marbre le trop, le résultat était une statue. En enlevant d'un brouillon le trop, l'inutile, le non-indispensable, le résultat est une nouvelle." Tout est dit. Pour ces raisons, la nouvelle est un genre difficile, qui ne souffre pas la faiblesse. J'ai tendance à penser que la nouvelle est plus proche, par bien des aspects, de la poésie que du roman. Et que le malentendu vient peut-être de là, y voir un court roman quand c'est autre chose.

Comment sélectionnez-vous vos manuscrits ?

Au départ, nous faisions savoir à des auteurs dont nous aimions les livres que nous serions heureux de faire un livre avec eux. Ensuite, très vite, nous avons également réédité des textes d'auteurs du XXe siècle comme Violette Leduc, Stig Dagerman et beaucoup d'autres aujourd'hui. Enfin, nous recevons énormément de manuscrits. Nous les lisons, lentement, et nous en publions quelques-uns. Nous sommes deux, comme je vous le disais. Si l'un de nous lit un manuscrit qui lui plaît, il le fait lire à l'autre. Souvent nous sommes d'accord. Pas toujours.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots vos différentes collections ?

La collection principale n'a pas de nom. Une autre collection est née en 2009, Voiture 547, qui propose des premiers textes et des textes plus difficiles commercialement. Les livres sont en bichromie, ce qui nous permet de les vendre un peu moins chers. En 2012, nous avons créé la collection Cheval Vapeur, qui donne carte blanche à des graphistes pour la mise en forme du texte. Enfin, en 2013, nous avons créé la collection Micheline pour des textes qui ne correspondaient pas à notre ligne habituelle (poésie, essais, recueils etc.). À cela s'ajoute quelques hors collections en plus grand format où nous proposons à un artiste d'inviter d'autres artistes.

Quels titres nous conseilleriez-vous de lire pour cet été (une nouveauté et un titre de fonds) ?

Pour la nouveauté, je dirais : Une nuit pleine de dangers et de merveilles de Carl-Keven Korb, vu par Kevin Lucbert. C'est un premier texte magnifique écrit par un jeune Québécois à l'univers et à l'écriture proprement envoûtants. Pour le titre du fonds, je ne puis que conseiller à tous de découvrir ou de redécouvrir Béatrix Beck, qui est sans doute un de nos plus grands écrivains. Le recueil de nouvelles inédites que nous avons publié, La double réfraction du spath d'Islande donne un large aperçu de son immense talent.

Lucie Laval dans Métiers du livre.
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